Lettre à mon corps

Ma génération a grandi à l’aube de deux grands phénomènes qui ont totalement transformé la société et les relations interpersonnelles : La vulgarisation de l’internet et l’émergence des réseaux sociaux (Myspace, facebook, twitter, etc…). L’année 2020, a débuté sur fond de crise mondiale, avec l’épidémie de Covid-19 qui est très vite devenue une pandémie. Cette fois-ci, c’est un petit virus et non une nouvelle technologie qui a chamboulé, en un rien de temps, la vie sociale et l’économie des habitants de (presque) toute la surface du globe terrestre. Un tremplin qui nous permet néanmoins de prendre du recul ou de méditer sur la vie, pour la plupart cloîtrés à la maison, notre quotidien bouleversé par la menace d’attraper le virus juste en sortant au coin de la rue. Les réseaux sociaux se révèlent donc à la fois comme des boucliers et/ou des ponts pour nous relier à nos proches et amis. Pourtant, en guise de relais, la mondialisation a rapproché l’humanité, car des pandémies ou épidémies désastreuses ont déjà frappé la population mondiale dans les siècles passés. Les rapports avec l’autre aussi bien qu’avec soi-même n’ont jamais été aussi saillants ni à fleur de peau.

L’humanité n’a jamais été aussi fragile, ni démunie. J’ai appris depuis peu à m’aimer telle que je suis, en acceptant mes qualités et ma force tout en reconnaissant mes faiblesses et mes limites. Je vous laisse apprécier ce poème qui date d’avant le covid-19.

*

Lettre à mon corps

Silence, muette commotion…

Ce corps, étrange obus

Ne m’appartient pas,

Comme une voyageuse

Ayant raté l’ultime train

Dame nature a déjà tranché:

Deux petits seins,

Des fesses à peines rebondies

Un corps mi-femme mi-enfant

Visage poupée de cire.

***

Cette chevelure granulée

Que je corrige toutes les huit semaines

Des lèvres à peine violettes

Aux contours café au lait

Une enveloppe-emblème chocolat au parfum de vanille

Et cette hanche, rêche, disloquée

Ne souhaitant que s’enlacer de miel, de désirs

Des jambes fines et cocasses

Des genoux passionnés et altiers

Des phalanges tâtonnant vers l’aventure.

***

A priori,

Je n’ai  jamais voulu de ce corps,

Je l’ai aimé par hésitation

Du bout des doigts

Comme un poignant coup de foudre

Seule, devant mon miroir

Et face à la lumière.

© Sarita Cynthia Pierre.

© http://www.poesieetmemo.com

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